publié le 06 jan 2026 par José PAUTREL
Allier pédagogie et réalité de l’entreprise, c’est le défi que s’est lancé Véronique LE TIEC, professeure d’économie de la construction au lycée Freyssinet depuis 2007. Responsable d’une classe de BTS management économique de la construction et animée par la volonté de rester connectée au monde professionnel, elle a choisi de plonger, le temps d’un congé formation, dans l’univers des bureaux d’études du bâtiment.
Dans l'entretien qui suit, elle revient sur son parcours, ses motivations et les enseignements qu’elle tire de cette immersion en entreprise.
Durant mes études en économie de la construction au lycée Freyssinet, j’ai effectué plusieurs stages, mais sans réelle expérience longue en entreprise car très tôt, j’ai su que je voulais enseigner dans le domaine du bâtiment. Pour combler ce manque, j’ai profité de stages proposés par le CERPET, notamment chez Bouygues ou Knauf.
Aujourd’hui, les visites de chantiers et le suivi des élèves en stage me permettent de rester connectée au terrain. J’utilise d’ailleurs souvent des projets en cours de construction comme supports pédagogiques. Quand le BTS SCBH a été ouvert au Lycée, j’ai souhaité enrichir mes connaissances du bois et me suis donc formée en entreprise pendant les périodes de vacances, chez Construction Bois EMG à Plouagat. Ces stages de courte durée sont possibles avec une convention entre l’enseignant, l’établissement et l’entreprise. Ils offrent une précieuse mise à jour, même s’ils ne permettent pas de suivre un projet complet.
Dans nos disciplines, rester en contact avec les professionnels est essentiel : les pratiques et outils évoluent sans cesse. J’avais envie de retrouver des exemples concrets et de continuer à apprendre. Je pratique beaucoup l’autoformation et suis aussi formatrice de collègues, notamment sur le logiciel Revit. Après l’avoir appris seule pour concevoir un sujet d’examen, j’ai souhaité, à mon tour, être accompagnée dans un apprentissage structuré : l’idée du congé formation est née ainsi. Plusieurs collègues ayant déjà bénéficié de ce dispositif, je me suis dit : « Pourquoi pas moi ? »
Obtenir un congé formation demande de la patience : il faut attendre au minimum six ans car tous les dossiers sont classés en même temps selon le nombre de renouvellement de demande. La majorité des dossiers concerne des collègues qui souhaitent préparer un autre concours ou qui veulent préparer un examen. Les dossiers de formation en entreprise sont beaucoup plus rares et quand en plus ils sont pour un mi-temps cela devient une exception difficile à gérer pour l’administration.
Je ne voulais pas couper complètement le lien avec mes élèves. J’aime enseigner, et je voulais que cette expérience serve directement mes cours.
Cependant, les mi-temps prévus « informatiquement » par l’administration sont 5 mois à temps plein au lycée et 5 mois à temps plein en entreprise, ce qui pour mes élèves de deuxième année BTS aurait été une aberration, 5 mois avec un prof et 5 mois avec un autre ! De plus les remplaçants étant inexistants dans nos disciplines il n’était pas concevable qu’ils soient 5 mois sans enseignant. Alors, avec l’équipe du lycée, nous avons organisé un emploi du temps équilibré sur l’année: deux jours et demi au lycée, deux jours et demi en entreprise. Mais cette répartition inhabituelle a généré des difficultés : erreurs de paie, absence dans les bases administratives, problèmes de mutuelle… Il a fallu beaucoup d’énergie pour régulariser la situation !
Pour aller en entreprise, il faut une convention de stage, donc une inscription auprès d’un organisme de formation. J’ai contacté le CNAM Bretagne, partenaire de nos licences professionnelles au lycée Freyssinet. Avec Magalie Pichard, qui travaille sur ces licences, nous avons monté un programme centré sur la mise en œuvre du BIM en entreprise. J’ai alors suivi des cours en dehors de mes heures d’enseignement, tout en partageant mon temps entre le lycée et l’entreprise. L’année a été chargée, mais les résultats, tant humains que pédagogiques, en valaient largement la peine et je suis très fière des notes que j’ai obtenues !
J’ai contacté trois entreprises partenaires du lycée : un cabinet d’architecture et deux bureaux d’études. Le cabinet n’avait pas la place pour m’accueillir, mais les deux bureaux d’études ont accepté. L’idée d’une prof en stage surprend souvent, mais l’explication de ma démarche suscite généralement un réel enthousiasme.
OPRYME regroupe des économistes de la construction travaillant surtout sur des marchés publics en Bretagne, ainsi que des conducteurs de travaux et un bureau d’études structure. Ils accueillent régulièrement mes étudiants et souhaitaient développer le BIM : c’était idéal pour moi. J’y ai découvert le métier sous toutes ses facettes, dans un environnement bienveillant et stimulant.
Le bâtiment évolue vite, et cette immersion m’a rappelé combien la veille technologique est indispensable. J’ai pu contribuer à l’entreprise, notamment en créant un outil d’analyse automatisée des offres, et en exploitant le logiciel ATTIC+. Mes tuteurs ont également pris le temps de venir au lycée Freyssinet pour découvrir par la pratique ce logiciel. Après cette expérience, l’entreprise va peut-être investir dans un outil de ce type pour la rédaction des pièces écrites et la quantification des ouvrages.
Sans hésiter !
L’année a été intense, parfois difficile, mais surtout profondément enrichissante.
J’ai eu la chance d’être accueillie dans une entreprise chaleureuse et soucieuse de s’occuper au mieux de ses stagiaires.
J’ai eu une formation concrète par le CNAM Bretagne, qui a enrichi mes savoirs et mes pratiques pour le bénéfice des élèves.
Cette expérience a réellement renforcé mes compétences. Prof ou professionnel, on apprend tous les jours ... et c’est ce qui rend ce métier si passionnant.